Les défis de la Communauté des pays lusophones [Interview Jorge Carlos Fonseca]
Le président du Cap-Vert, Jorge Carlos Fonseca était à Luanda lors du sommet au cours duquel il a transmis la direction de la Communauté des États de langue portugaise (CPLP) à son homologue angolais, João Lourenço. Jorge Carlos Fonseca s'est entretenu avec Neusa e Silava, correspondante d'Euronews et d'Africanews en Angola, sur les difficultés de négocier avec les Etats membres de la CPLP, la réponse de Covid-19 au Cap-Vert et les défis que la Communauté des Etats de langue portugaise doit relever alors qu'il quitte la présidence de l'organisation internationale. Neusa e Silva, Africanews : Président Fonseca, quel a été le plus grand défi de ce mandat extraordinaire de trois ans, en raison de la pandémie, à la tête de la Communauté des pays de langue portugaise? Jorge Carlos Fonseca, Président du Cap-Vert : Le plus grand défi aura été celui de concevoir, de négocier et de trouver un consensus sur une convention de mobilité au sein de la Communauté des pays de langue portugaise. Un défi que notre présidence a relevé depuis le début de son mandat. Cette convention sera un instrument crucial pour que, avec la volonté politique, avec la détermination, nous puissions faire un grand pas en avant dans la Communauté des pays de langue portugaise et la transformer progressivement en une communauté de personnes, une communauté de citoyens. Neusa e Silva : Y a-t-il eu des difficultés à conformer ces normes avec le Brésil et le Portugal ? Jorge Carlos Fonseca : Ce que je peux vous dire, c'est que les négociations n'ont pas été faciles. C'est la Présidence cap-verdienne qui a pris l'initiative. Nous avions le soutien d'autres pays, un soutien plus ou moins fort, il y avait quelques réserves, des difficultés avancées par certains pays membres et, par conséquent, nous avons adapté le texte de la convention de manière à ce que l'objectif que nous voulions soit atteint : que politiquement tous les Etats respectent la convention. Neusa e Silva : Le Mozambique et le Cabo Delgado sont en crise, mais le Cap Vert assiste à une situation similaire dans ses pays voisins en Afrique de l'Ouest... Jorge Carlos Fonseca : Malheureusement, le Cap-Vert fait partie d'une sous-région qui a de nombreux problèmes qui génèrent une instabilité politique, institutionnelle et sociale. Nous avons Boko Haram qui est actif au Nigeria, mais nous avons aussi des attaques terroristes au Mali, ainsi qu'en Côte d'Ivoire, ainsi qu'au Burkina Faso. L'Union africaine et la CEDEAO elle-mêmes ont une certaine expérience qui peut être transmise, si nécessaire et sur demande, disons à d'autres pays frères membres de la communauté, dans la lutte contre des phénomènes comme ceux-ci, qui sont difficiles et complexes à prévenir mais également à combattre. Dans le cas du Mozambique, tout dépend, selon la dernière analyse faite, de ce que les autorités mozambicaines veulent, et du type de soutien qu'elles demandent. Ce soutien peut être apporté par des organisations dans leur ensemble, je parle par exemple de la Communauté des pays de langue portugaise, qui est de nature différente de l'Union africaine, de la CEDEAO ou des Nations unies. Il s'agit plutôt une organisation intergouvernementale, avec un autre profil, une autre nature. Mais on voit par exemple des pays membres de la Communauté des pays de langue portugaise qui soutiennent directement et unilatéralement le Mozambique. Le Mozambique peut aussi obtenir ce soutien à travers son insertion dans d'autres espaces régionaux, par exemple à travers l'Union européenne. Mais cela peut également se faire par le biais de l'Union africaine. Neusa e Silva : Quel a été l'impact de la pandémie de Covid-19 au Cap-Vert ? Jorge Carlos Fonseca : Le Cap-Vert a peut-être été l'un des pays, du moins en Afrique, qui a le plus souffert de la pandémie parce que nous sommes un petit pays. Un archipel disposant de peu de ressources mais surtout nous sommes une économie de services et une économie principalement fondée sur une activité qui est le tourisme. Le tourisme représente près de 25% du PIB du Cap Vert et avec la fermeture des frontières, avec l e conditionnement de celles-ci s'agissant des vols, les flux touristiques sont pratiquement arrêtés depuis février, mars 2020. Nous nous concentrons sur la lutte contre la pandémie avec une attention particulière aux îles touristiques, Sal et Boavista, afin que cette année nous puissions reprendre les activités touristiques parce que c'est ce qui génère la reprise de la vie des entreprises, beaucoup d'entre elles se trouvant dans des conditions très difficiles. Et je dirais, en conclusion, que la lutte contre la pandémie a exigé un effort titanesque du gouvernement du Cap-Vert, que ce soit sur l'aspect budgétaire, du point de vue de l'augmentation de la dette publique et nous espérons l'arrivée de nouveaux temps, sachant que la pandémie n'a pas encore disparu.