Rencontre à Dubaï avec la star de la haute couture Michael Cinco
Les créateurs de mode explorent de nouvelles façons de mettre en valeur leurs collections et de promouvoir leur créativité en ces temps troublés de pandémie de COVID 19. Inspire Middle East a rencontré le célèbre créateur Michael Cinco basé aux Emirats Arabes Unis pour comprendre comment il gère sa maison de haute couture en cette période difficile. Daleen Hassan : Ce n’est pas un secret de dire que la mode a été durement frappée par le Corona virus. Pouvez-vous nous dire quelles sont les difficultés auxquelles vous avez dû faire face pendant cette période particulièrement troublée ? Et comment vous avez dû vous adapter ? Michael Cinco : La mode est l’un des secteurs les plus fragiles face aux perturbations et elle dépend lourdement des achats. C’est aussi très étrange pour nous parce que nous n’avons plus de fashion weeks. Nous devons donc trouver de nouvelles façons de présenter nos collections aux médias et au monde. Je pense que les défilés virtuels et la commercialisation de nos collections sur Instagram et Facebook sont incontournables. DH : Au début de la pandémie, votre atelier a troqué les robes des tapis rouges contre les blouses médicales. Qu’est-ce qui vous a poussé à rejoindre l’initiative « A thread for cause » et à aider les travailleurs qui étaient en première ligne ? MC : C’est comme s’il avait été temps pour moi de réfléchir à ma vie et à tout ce que j’allais faire à l’avenir. Et en même temps je me disais, que puis-je faire pour donner aux Emirats Arabes Unis qui ont été très généreux avec moi en me soutenant et en me donnant la chance d’ouvrir mon entreprise il y a presque 23 ans maintenant à Dubaï ? Donc, j’ai dit « oui » tout de suite quand j’ai été approché par le Conseil de la mode arabe pour produire des équipements pour le personnel soignant en partenariat avec l’autorité de santé de Dubaï. Je crois que j’ai produit 3.000 blouses médicales. "La touche Michael Cinco" DH : Michael, malgré ces temps difficiles, vous nous avez encore une fois épaté avec votre nouvelle collection « D’impalpables rêves d’espoir ». Pouvez-vous nous expliquer quelle est votre inspiration et nous dire pourquoi vous avez décidé de sortir cette collection plus pratique ? MC : Pendant le confinement, j’ai voulu créer une collection qui invite les gens à rêver et avoir foi en l'avenir. C’est à ce moment-là que les gens luttaient pour survivre. Donc j’ai créé une collection plus pratique. La plupart des pièces sont recyclées. Je suis allé dans mon entrepôt et j’ai vu plein de très beaux tissus qui n’avaient pas été utilisés depuis de nombreuses années. Je les ai pris, j’ai dessiné des patrons et créé une collections très fraîche, nouvelle et adaptable au nouveau monde. DH : Avec des pays qui imposent des restrictions sur la taille des mariages ou d’autres événements, en quoi les besoins de vos clients changent ? Et comment devez-vous modifier votre processus de création pour vous adapter ? MC : D'abord je pense que nous devons ajuster nos tarifs parce qu’en ces temps de récession mondiale personne ne veut vraiment dépenser ou acheter des vêtements trop chers. Avant j’avais des robes de mariées à six chiffres. Je dois désormais adapter la ligne de la robe de la mariée, je dois créer quelque chose qui s’adapte à la nouvelle normalité, ce qui veut dire moins de volume. La robe doit être plus simple ou moins volumineuse mais il y a toujours la touche Michael Cinco. DH : On voit de plus en plus de couturiers d’Asie de l’Est ou du Moyen-Orient présenter leurs collections au milieu des signatures de la haute couture. Pensez-vous que c’est l’âge d’or pour les créateurs de cette partie du monde ? MC : Je pense que les stylistes du Moyen Orient et en Asie en particulier ont une expérience très pointue en couture. Nous venons tous du même endroit où les femmes apprécient la créativité des pièces de haute couture. Les broderies, le cristal. En Europe on ne compte pas vraiment sur ce genre de détails. Je crois que la mode est florissante ici aux Moyen-Orient ou en Asie parce qu’il y a un sentiment commun d’appartenance, que les créateurs, les clients et les consommateurs se comprennent mutuellement. DH : Selon vous, à quoi ressemblera la mode quand nous serons sortis de la pandémie ? MC : Je suis très optimiste sur le fait que les gens vont réaliser qu’il est temps d’être responsable quand on dépense de l’argent, que les femmes puissent réaliser ce que c’est d’acheter un vêtement haute couture ou une pièce chère qu’elle peuvent garder à vie. C’est un investissement. L’avenir pour moi n’est pas sombre. C’est très important que les gens soient positifs et qu’ils voient le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. "Unis pour les créatifs libanais" Le milieu de la mode, qui a vu naître et prospérer des stars comme Elie Saab, Zuhair Murad et Reem Acra, traverse une triple crise au Liban. Crise économique, crise liée à la pandémie de COVID 19 et crise liée à l'explosion dans le port de Beyrouth au mois d'août. La campagne “Unis pour les créatifs libanais” vise à leur venir en aide. Il s’agit d’une initiative de financement participatif qui a identifié plus de 30 artistes et designers libanais donc les pertes s’élèvent à des centaines de milliers de dollars. L’un des bénéficiaires de cette aide est le créateur Roni Helou. Il a créé sa marque à Beyrouth en 2017 sur le principe de la mode durable. Son atelier a été dévasté en août et le jeune créateur de 28 ans n’avait pas d’assurance. "A cause de l’explosion nous avons beaucoup de dégâts matériels, dans l’atelier, les équipements, les machines, les motifs, les tissus et la collection. Nous avons dû aussi annuler beaucoup de commandes. Nous estimons les dégâts à 15.000 dollars. Nous allons utiliser l’argent de la collecte pour reconstruire l’atelier, soutenir la marque et continuer de verser les salaires", explique Roni Helou. Roni a perdu une collection entière pour homme qui devait sortir en septembre aux Emirats arabes Unis. Elle était composée de tissus respectueux de l’environnement et de matériaux issus de soit-disant « dead stocks ». Comme Roni, les créateurs de prêt-à-porter ou de haute couture George Azzi et Assaad Osta sont également soucieux de l’environnement dans leur approche de la mode. Installés en 2010, ils ont habillé des personnalités comme Sharon Stone et la reine Rania de Jordanie. Ils sont aussi bénéficiaires du fonds « Unis pour les créatifs libanais » après la destruction de leur nouveau siège et de leur collection il y a deux mois. "On a eu des dégâts à tous les niveaux. 10 membres du personnel ont été blessés. On a perdu les collections, les broderies, les livres et les archives. Il y en a au moins pour 100.000 dollars et cela ne prendra bien sûr pas moins d’un an pour tout reconstruire", raconte George Azzi, directeur créatif de Azzi et Osta . Les créateurs libanais ont tout le soutien du milieu de la mode en ce moment particulier. Cela s’est vu en septembre à la fashion week de Milan où six créateurs ont présenté leur collection au milieu des géants de l’industrie. " C’était une opportunité extraordinaire d’être à la fashion week de Milan. Cela nous a permis de braquer les projecteurs sur notre marque. On est passé juste avant le défilé Valentino ce qui nous a donné plus de visibilité, de l’espoir et même la force de continuer", raconte Assaad Osta, le directeur créatif d'Azzi et Osta. Azzi et Osta, mais aussi Roni, étaient fiers de représenter la créativité de leur pays en souffrance. Et plus fiers encore de présenter leurs marques à un public mondial qui n’avait sans doute jamais été aussi attentif.