Coupe du monde féminine : ces petites filles qui rêvent de devenir la prochaine Ada Hegerberg
Les meilleures footballeuses du monde sont arrivées en France pour disputer la Coupe du monde féminine . Dans la ville de Lyon, qui accueillera les demi-finales et la finale de la compétition, une petite fille a déjà des projets pour les prochaines éditions du Mondial. A dix ans, Salomé Munnia-Vincent espère devenir un jour professionnelle. Elle joue au FC Gerland qui a ouvert des sections féminines il y a quelques années. Ce club amateur est basé dans le quartier historique de la grande équipe de la ville, l'Olympique Lyonnais (OL). Avant de s'installer dans son nouveau stade , dans la périphérie de Lyon, l’OL a en effet joué de nombreuses années dans son antre de Gerland. Si les garçons espèrent décrocher un jour leur première Ligue des champions, les filles de l’OL ont déjà remporté la plus prestigieuse compétition européenne à six reprises. Cette équipe professionnelle est assurément l’une des toutes meilleures au monde et elle compte dans ses rangs une ancienne du FC Gerland. A 18 ans, Selma Bacha est tout naturellement un exemple pour Salomé, dont les équipes de France féminine et bien sûr de l’OL ornent les murs de sa chambre. " Parfois, Selma vient nous voir. Elle est très gentille, parce qu'elle passe du temps avec nous, même si c'est une professionnelle. Et les professionnelles, elle ont besoin de beaucoup de temps pour s'entraîner ", nous confie la petite fille. Salomé a passé les six premières années de sa vie à Boston aux Etats-Unis. Là-bas, le football, ou plutôt le "soccer" comme le nomment les Américains, est plus considéré comme un sport féminin. Toutefois, le championnat local masculin, la MLS, devient de plus en plus populaire. Salomé nous a expliqué comment elle est arrivée dans son club : " Quand je suis venue en France, j'avais déjà commencé à regarder des matchs de football. Un jour, je suis allée à une fête d’anniversaire où on a joué au foot. Je me suis vraiment amusée ! Avec mes parents, on a ensuite cherché un club, et on a trouvé le FC Gerland. " Elle aime le football parce que " c'est dehors et qu’on peut courir ". Salomé rêve de devenir un jour footballeuse professionnelle. Mais " si je ne suis pas assez bonne ou que je me blesse ", la petite fille aimerait enseigner le sport. Avec ses copines du FC Gerland, elle joue souvent contre des garçons pour la simple raison qu'il y a beaucoup moins d'équipes entièrement féminines. Mais quand Salomé a l'occasion de jouer contre d'autres filles, elle adore ça. " Les garçons s'énervent vite quand on leur fait des remarques. Les filles, elles sont plus calmes. Parfois, nous gagnons contre des garçons, mais ce n'est pas très souvent parce qu'ils sont un peu plus forts. Mais quand on gagne, c'est parce qu'on est toutes ensemble, on est un groupe. Les garçons sont plus individuels, ils jouent toujours bien mais nous, nous avons plus l’esprit d'équipe ”, analyse Salomé. " Parfois, j'entends des garçons dire : 'Oh, elle joue au foot, c'est vraiment bizarre !' Mais pour moi, c'est pas bizarre du tout, parce que tout le monde peut jouer au foot. Au début, les garçons à l'école disaient ça, mais maintenant je pense qu'ils s'y sont habitués et qu'ils ont appris à vivre avec ", nous confie la petite footballeuse. Salomé a l'intention de regarder tous les matchs de la Coupe du monde avec son papa, Serge, qui arbitre souvent les matchs du FC Gerland. Le père et sa fille ont des billets pour les demi-finales. Et à cette occasion, Salomé est convaincue qu'elle verra,  sur le terrain, certaines de ses idoles de l’OL. Malgré l'intérêt grandissant des médias pour la Coupe du monde féminine, Serge estime qu’il reste encore du chemin à parcourir pour le football féminin en terme visibilité. " Lyon, c'est un endroit spécial, car nous avons l'Olympique Lyonnais. Cette équipe est au sommet du football féminin. Avant, nous habitions dans le sud de la France. Les gens étaient très surpris de voir Salomé jouer au foot. Je pense donc que c'est différent selon l'endroit où on se trouve. A Lyon, le football féminin est très populaire " nous explique-t-il. Sa femme Nathalie le coupe : " Ok, mais c'est la situation aujourd’hui. Quand tu étais enfant, tu ne regardais pas le foot féminin, mais seulement le foot masculin. C’est quelque chose de vraiment récent .” La section féminine de l'OL a bâti l'un des plus beaux palmarès du ballon rond, garçons et filles confondus. Les coéquipières de Wendie Renard ont ainsi remporté cette année leur sixième Ligue des champions en battant en finale le FC Barcelone. En France, c'est la domination absolue, l'OL a décroché cette saison son treizième titre de champion de France d'affilée. La domination de l'équipe est souvent attribuée à la culture de l'égalité qui règne au sein du club. Le président, Jean-Michel Aulas, a construit une structure où filles et garçons sont aussi importants. Les joueuses de l'OL ont ainsi accès au même terrain d'entraînement, aux mêmes installations, à la même équipe médicale, ainsi qu'aux mêmes avions que leurs homologues masculins. Pour le responsable de la section féminine du FC Gerland, Toàn Nguyen, le succès de l'OL est un atout évident pour son club : " L'équipe féminine de l'OL est une grande force motrice pour nos filles. Elles connaissent toutes les joueuses. De plus avec la Coupe du monde ici en France, le football féminin est devenu de plus en plus populaire. Il est plus visible et plus accessible ". " Nous avons récemment organisé deux journées portes ouvertes. Au final, 20 nouvelles filles veulent venir l'année prochaine. Nous allons en programmer de nouvelles vers la fin du mois de juin, car le Mondial rendra le football féminin encore plus attrayant ", ajoute-t-il. Sans surprise, l'OL est aussi l'équipe préférée d'Emilie, une coéquipière de Salomé. Ses joueuses préférées sont l'Américaine Alex Morgan, qui participera à la Coupe du monde, et Ada Hegerberg, qui joue à l'OL et qui vient de décrocher le premier ballon d'or féminin. Mais la Norvégienne, sans aucun doute la plus grande star du football féminin actuel, ne sera pas sur les terrains cet été en France. En effet, Ada Hegerberg boycotte son équipe nationale depuis 2017 en pointant du doigt le mépris porté au football féminin dans son pays. Emilie, qui a 13 ans, joue depuis trois ans au FC Gerland. Elle espère pouvoir jouer au niveau professionnel un jour. Ce qui est, selon elle, un défi supplémentaire pour les filles. Et pour ce qui est de jouer au football avec les garçons, elle pense qu'il est important de bien les connaître avant de jouer avec eux : "A l'école, ils me connaissent, alors ils me donnent le ballon plus souvent. Mais en club, on ne se connaît pas tant que ça. C'est plus compliqué de nous faire confiance. Même si notre façon de jouer est la même en général." Les équipes mixtes peuvent être problématique pour les filles, selon Toàn Nguyen. Il nous explique : " Quand les filles jouent dans une équipe de filles, cela leur donne confiance. Lorsqu'une fille est isolée dans une équipe de garçons, les garçons ont du mal à avoir confiance en elle et ne veulent pas lui passer le ballon, alors elle perd confiance en elle. Quand les filles jouent ensemble dans une équipe, elles grandissent ensemble, elles progressent ensemble ." Pour Marie N'diaye, la coach des filles du FC Gerland, les différences qui existent encore dans le jeu viennent du fait que les filles se dirigent vers le foot plus tardivement que les garçons. " La plupart des filles ont commencé à jouer plus tard. Nous avons des filles de 14, 15 ans qui sont juste des débutantes. Mais elles apprennent très vite" , indique ainsi l'éducatrice. " Quand j'étais jeune, les filles n'étaient pas encouragées à jouer au football. Mais maintenant, les choses commencent à changer lentement mais sûrement. On a des filles qui commencent à jouer à cinq, six ans. Donc je pense que ce ne sera plus un problème dans les années à venir. " Marie N'diaye a commencé à jouer au football dans son quartier à l'âge de cinq ans. Elle était la seule fille parmi les garçons. Cependant, elle n'a pas joué en club avant l'âge de 18 ans, estimant que ce n'était pas quelque chose qui aurait été accepté à ce moment-là. Mais une fois majeure, elle ne s'est plus posée de question : " Je suis une adulte maintenant et je veux jouer au foot, alors on y va ! " Elle estime, toutefois, que si le football loisir s'est énormément ouvert aux filles, ce n'est pas la même chose au niveau supérieur. L'inégalité est encore patente : " Les jeunes filles que j'entraîne, elles ne subissent pas de discrimination. Nous avons les mêmes terrains, les mêmes entraîneurs, les mêmes structures que les garçons. Mais au plus haut niveau, c'est différent. Les salaires et les récompenses ne sont pas les mêmes. " " Mais la plupart des clubs essaient d'évoluer et de faire en sorte que les conditions de pratique des femmes soient aussi bonnes que celles des hommes. Alors, j'espère que nous atteindrons cet objectif d'égalité. Les choses commencent à changer et si vous demandez aux filles autour de nous aujourd'hui, elles rêvent d'être footballeuses comme leurs idoles ", conclue Marie N'diaye. A cela, Toàn Nguyen ajoute : " La principale différence, c'est que quand les filles jouent, il y a moins de cinéma. " Sur les terrains du FC Gerland, les filles ne rêvent ainsi pas de reproduire les exploits de Ronaldo, Messi ou Mbappé. Elles espèrent devenir les prochaines Ada Hegerberg ou Alex Morgan.