Inspire Middle East : l'inventeur qui voulait transporter des icebergs
Cette semaine Inspire Middle East part à la découverte des idées les plus créatives et les plus novatrices du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord. Au programme : Nous rencontrons Abdulla Alshehi, un ingénieur et entrepreneur émirati, qui a une idée folle : transporter un iceberg depuis l’Antarctique jusqu‘à la côte de Fujairah aux Emirats Arabes Unis, pour collecter de l’eau potable. Nous examinons ensuite les différentes inventions originaires du Moyen Orient à travers les siècles avec Salim Essaid. Enfin, nous nous rendons la Biennale des enfants de Sharjah, où des inventeurs en herbe proposent des idées pour le moins originales. De l’eau collectée sur un iceberg Amener un iceberg jusqu’aux contrées désertiques … Pour de nombreux incrédules, le rêve d’Abdulla Alshehi est tout simplement irréalisable. Voilà maintenant six ans que cet ingénieur, inventeur et entrepreneur a le projet de remorquer pendant dix mois un iceberg depuis l’Antarctique jusqu’aux Emirats Arabes Unis, où il serait positionné à trois kilomètres de la côte de Fujairah. Sélectionné par satellite, l’iceberg pourrait mesurer deux kilomètres de longueur et 500 mètres de largeur. Abdulla Alshehi explique que la glace serait ensuite collectée, mise en bouteilles et vendue, au même prix que l’eau traitée localement. Selon lui, ce projet pourrait apporter une solution à la pénurie d’eau dans le pays. Aujourd’hui, environ 15% de l’eau dessalée dans le monde est consommée aux Emirats Arabes Unis. Si elle aboutit, cette idée pourrait avoir un impact plus large. Les Nations Unies prévoient en effet un déficit de 40% des ressources en eau douce dans le monde d’ici à 2030. Et pour tester la faisabilité du projet, plus tard cette année un petit iceberg va être transporté par remorqueur en Afrique du Sud ou en Australie pour collecter son eau. Si tout se déroule comme prévu, l’iceberg plus imposant devrait être acheminé vers les Emirats Arabes Unis au cours des prochaines années. Une ceinture métallique, en instance de brevet, sera utilisée pour empêcher que la glace se brise. Malgré tout, on estime que l’iceberg pourrait perdre 30% de sa masse, avant d’atteindre les eaux chaudes du Golfe. Alshehi estime que le projet fournirait de l’eau potable à environ un million de personnes sur une période pouvant aller jusqu‘à cinq ans. Il pourrait aussi engendrer des revenus supplémentaires, avec l’organisation de « sorties iceberg » destinées aux touristes. Un projet “plus écologique que le dessalement de l’eau de mer” Rebecca Mclaughlin-Eastham : Nous savons que les icebergs sont une grande source d’eau, mais l’idée a été lancée de nombreuses fois depuis le XIXe siècle, avec un succès limité. Alors qu’est-ce qui vous fait dire que ça va marcher cette fois ? Abdulla Alshehi : De nombreuses tentatives ont été faites plus tôt, afin de récolter l’eau douce des icebergs. En 1975, des scientifiques français ont suggéré l’idée au prince Mohammed Al Faisal, pour la consommation saoudienne. Mais malheureusement en 1977, pour des raisons techniques, le projet a été arrêté. Et c’est à ce moment que nous avons commencé. Les rumeurs circulent autour du prix du projet. Certains estiment qu’il coûterait entre 50 et 150 millions de dollars. Qu’en est-il réellement ? Notre projet est de faire une première tentative, soit à Perth en Australie, soit au Cap en Afrique du Sud, et le coût de cet essai devrait se situer entre 60 et 80 millions de dollars. Et pour l’opération à part entière aux Émirats arabes unis, sur la côte de Fujairah, nous pensons que cela coûtera entre 100 et 150 millions de dollars. Quel impact cela aurait-il sur l’écosystème des Emirats ? On s’attend à ce que la présence de ces icebergs provoque un changement de configuration météorologique, car ce sont des corps froids qui attireront les nuages de la mer d’Arabie vers son centre. Et une fois amenés au centre, nous pensons qu’il y aura plus de pluie dans la région. Ce qui ne serait pas une mauvaise chose. Mais comment répondez-vous aux écologistes qui estiment que ce n’est pas une bonne idée ? Une évaluation des effets sur l’environnement a été effectuée. Elle montre un impact minimal sur l‘écosystème ainsi que sur l’environnement. C’est donc prouvé, et par ailleurs, cette méthode est plus respectueuse de l’environnement que le dessalement de l’eau de mer Les coûts et l‘énergie liés au dessalement de l’eau de mer sont considérables. Comment pouvez-vous être sûr que votre méthode est différente et plus rentable ? Selon notre analyse, ce sera moins coûteux d’apporter ces icebergs et de les utiliser pour l’eau douce que d’utiliser l’eau dessalée. Parce que les usines de dessalement nécessitent d‘énormes investissements. De plus, elles pompent une énorme quantité d’eau dans le Golfe, ce qui augmente fortement la salinité de l’eau de mer, tuant ainsi les poissons et la vie marine dans la mer d’Oman. Nous pensons donc qu’il serait plus économique et plus écologique d’utiliser l’eau des icebergs non seulement aux Émirats arabes unis, mais dans le monde entier. On estime que vous perdrez environ 30% de la masse de l’iceberg en transit. Ensuite, il restera dans le golfe Persique où, en été, les températures atteignent 40 degrés. Il risque de fondre rapidement, alors à quelle vitesse devrez-vous traiter cette eau ? Dès qu’il arrivera, nous commencerons immédiatement le processus de récolte, qui devrait durer deux, trois mois. La vitesse de fonte est prise en considération ainsi que d’autres aspects, et nous limiterons la quantité d’eau douce perdue pendant le transit. L’iceberg devrait ainsi atteindre les Émirats Arabes Unis pendant la saison hivernale. Par ailleurs, il y a d’autres facteurs, tels que la profondeur de l’iceberg, qui pourrait atteindre les 300 mètres. Plus vous allez loin, plus l’eau est froide, ce qui limitera également la fonte. Avez-vous l’habitude que les gens disent que cette idée est folle et qu’elle ne marchera jamais ? Bien sûr, le monde entier était choqué. Comment peut-on prévoir de transporter un iceberg en mer d’Arabie ? Ça a été un choc pour le reste du monde. Évidemment, c’est un défi, mais nous croyons pouvoir le relever avec l’aide de la technologie actuelle. En 2020, l’exposition universelle s’installe à Dubaï Depuis la nuit des temps, les inventions ont été au cœur des civilisations humaines. Nombre d’entre elles provient du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord. Parmi celles-ci : la cryptographie, l’art d’écrire et de déchiffrer des messages cachés. Une technique utilisée par les pharaons de l’Egypte ancienne. Au VIIIe siècle, le grammairien omanais Al-Khalil al-Farahidi a écrit le tout premier livre sur la cryptographie. Il est à l’origine des méthodes utilisées aujourd’hui dans la technologie blockchain, pour coder les données des crytpomonnaies. Au IXe siècle, Abbas Ibn Firnas est devenue le premier homme à voler dans un costume d’oiseau, pendant un bref moment. D’origine Berbère, il est né en Andalousie, dans le sud de l’Espagne. Un exploit réalisé des centaines d’années avant les engins volants de l’artiste et inventeur italien Léonard de Vinci, et l’avion des frères américains Wright, des siècles plus tard. Surnommé “le père fondateur de la robotique”, l’ingénieur turc Ismail al-Jazari est l’auteur du Livre de la connaissance des dispositifs mécaniques ingénieux. Au XIIIe siècle, il a inventé le vilebrequin, un dispositif mécanique qui a ouvert la voie au moteur à combustion. L’innovation humaine n’a jamais cessé. A partir de 1851, les expositions universelles ont présenté de nombreuses inventions révolutionnaires. On peut citer par exemple le moteur diesel, lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1900, ou encore le tramway sans fil, lors de l’Exposition Sud-coréenne en 2012. L’exposition de Dubaï en 2020 devrait, à son tour, mettre en avant de nombreuses créations, qui pourraient bénéficier à l’ensemble de la société. À Sharjah, les inventeurs de demain Les Émirats Arabes Unis l’ont bien compris : l’avenir dépendra des innovations. Lors de la Biennale des enfants de Sharjah, de 3000 inventeurs en herbes de 42 nationalités ont donc soumis leurs idées, afin de créer un prototype fonctionnel. Ils ont ainsi proposé des créations très diverses, comme les chaussures, qui peuvent charger complètement votre téléphone en 500 pas, ou un aspirateur dans l’espace pour nettoyer la pollution mondiale. Beaucoup de ces inventions sont irréalisables, mais ce n’est pas l’objectif de la Biennale. L’idée principale est d’encourager les jeunes à sortir des sentiers battus. C’est ce qu’a fait la gagnante de l‘édition, Taym Ibrahim. À 16 ans, elle a inventé un nouveau sport : le Tornado Skate. Les participants glissent sur le sable et planent dans les airs, grâce à une combinaison et des skis chargés à l’énergie solaire. Ce prix encourage l’adolescente à créer davantage. “Ce n’est pas la fin mais le début, explique la jeune fille. J’avais l’habitude de griffonner beaucoup d’inventions et ça m’a donné la chance de montrer l’une de mes préférées.” On dit que la nécessité est mère de l’invention. Pour le petit Efran Sabin, 7 ans, originaire de Dubaï, c’est sa sœur de 4 ans qui l’a inspiré. “Ma sœur se perd tout le temps”, explique le garçon. Il a donc créé la “Panic Track Watch”, qui utilise la technologie GPS pour la localiser où qu’elle se trouve. Il a également ajouté des fonctionnalités de sécurité supplémentaires pour l’utilisateur. “Quand vous appuyez sur le bouton, il se connecte au portable des parents et ils peuvent voir où est l’enfant et les trouver immédiatement”, raconte Efran. Parmi les autres inventions exposées à Sharjah, mentionnons un lanceur de choux de Bruxelles pour dissuader les frères et sœurs d’entrer dans une chambre sans y être invités. Une invention qui n’arrivera peut-être pas de sitôt sur le marché, mais qui pourrait planter la graine d’une idée révolutionnaire.